Juliet Coren-Tissot

Comédienne, musicienne, chanteuse, auteure, clown, metteuse en scène (mais aussi parfois prof de yoga ou de massage vocal…), je me suis longtemps cherché une famille artistique que j’ai trouvée en développant peu à peu, sous forme de collectif, la compagnie de théâtre et de clown de rue que j’avais au départ créée un peu seule. 

Depuis 2015, Arzapar revendique ainsi que « l’aventure humaine est une nourriture pour l’imaginaire au même titre que la recherche artistique. » Les formes artistiques que nous développons invitent à changer notre regard sur le quotidien, pour agir ensemble vers un monde plus juste et porteur d’espoir. En créant des espaces de parole dans des lieux du quotidien, nous souhaitons, en tant qu’artistes, inviter à amorcer le changement par de petits pas en soi, en devenant acteur de sa vie et du monde. Cette compagnie et le collectif qui la fait vivre devient alors pour nous un terrain d’expérimentation en terme de gouvernance alternative, d’horizontalité dans les prises de décisions, avec une attirance forte pour le modèle coopératif. 

Au sein de La Villa Mais d’Ici (friche culturelle de proximité, collectif autogéré à Aubervilliers, 93), dont Arzapar est l’un des résidents, nous avons aussi impulsé un projet de mutualisation avec deux autres compagnies d’arts de la rue, Les Coopagnies. En tant qu’artistes et intermittents du spectacle, il nous est souvent difficile de faire la part des choses entre ce qui est de l’ordre du travail, de l’emploi salarié, du temps utile au développement de notre créativité, et du temps de repos. La question du rapport au temps et à la mise en état d’urgence(s) (financière, biologique, environnementale, sociale, sécuritaire…) a pris une place capitale dans ma vie, presque malgré moi, causant au départ un sorte d’état de stress intense permanent. Je me suis rendu compte que c’est en travaillant à la cohérence générale de ma vie que je pourrais calmer ce stress, en harmonisant toujours plus mes valeurs profondes, mon mode de vie et mes modes d’expression artistique et citoyenne. 

Issue d’une famille où le militantisme était une évidence, j’ai longtemps été attirée par un certain activisme, mais après avoir subi quelques situations trop violentes pour moi, j’ai dû me rendre à l’évidence : je suis trop sensible pour être active dans cette lutte-là, à me positionner dans le « contre » je me détruis aussi de l’intérieur, je m’épuise, et j’épuise mon stock d’espoir sans lequel je n’ai plus de raison de vivre. Je me rends compte que j’ai un besoin vital de construire, de construire en commun, d’inventer ensemble, d’être active au sein d’un collectif grandissant qui participe à créer du « pour », du positif, à nourrir ce stock d’espoir moteur de vie, et à participer à le diffuser tout autour. Et c’est ce que je rencontre dans ce magnifique collectif du moulinage de Chirols et dans le projet que nous portons tous ensemble, avec un degré d’inventivité et d’intelligence collective qui ne cesse de m’impressionner et de me nourrir de jour en jour. Merci les copains !!!

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